Les pactes d'Al-'Aqaba ont ouvert la voie. Médine attend les musulmans. Mais quitter Makkah n'est pas simple. Quraysh surveille tout. Partir, c'est abandonner sa maison, son commerce, sa famille, parfois pour toujours.
Les compagnons émigrent un à un ou en petits groupes, souvent de nuit, en secret. Abu Salamah est parmi les premiers, sa femme Umm Salama est séparée de lui et de son enfant par sa propre tribu pendant un an avant de pouvoir les rejoindre. C'est l'un des déchirements les plus douloureux de la Hijra.
'Umar ibn Al-Khattâb, lui, fait exactement l'inverse. Il ne part pas en cachette. Il ceint son épée, se rend à la Ka'bah en plein jour, fait son tawâf devant tout le monde, puis annonce à voix haute : « Quiconque veut que sa mère le pleure, qu'il me retrouve derrière cette vallée. » Personne n'ose le suivre.
Mais l'histoire la plus poignante est celle de Suhayb Ar-Rûmî. Quraysh le bloque : « Tu es arrivé chez nous sans rien, tu t'es enrichi ici, et maintenant tu veux partir avec notre argent ? » Suhayb négocie : « Et si je vous laisse toute ma fortune, chaque pièce, chaque bien, vous me laissez partir ? » Ils acceptent. Il quitte Makkah les mains vides mais le cœur léger. Quand la nouvelle arrive à Médine, le Prophète ﷺ sourit : « Le commerce de Suhayb a été profitable ! Le commerce de Suhayb a été profitable ! »